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24 mai 2013

Madagascar fait dos à la démocratie

A Madagascar, la candidature d’Andry Rajoelina divise la classe politique Elle perturbe la sortie de crise de la Grande île. Si lui ou Mme Lalao Ravalomanana (la femme de Marc Ravalomanana) ou encore Didier Ratsiraka devait être élu à la prochaine élection présidentielle prévue pour le 24 juillet prochain, il mettra Madagascar à dos des institutions internationales.

En effet, à l’instar de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’Union Africaine requiert  une « action de sauvetage du processus électoral » à Madagascar. Elle rappelle l'un des principes contenus dans la Charte de la démocratie : « toute personne ayant contribué à un changement anticonstitutionnel de gouvernement ne peut participer aux élections ». L’union européenne a, elle aussi exprimé, « sa préoccupation ».

Le conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA estime en effet très regrettable qu’Andry Rajoelina n’ait pas honoré son engagement solennel à ne pas se présenter à l’élection présidentielle car il s’expose à toutes les sanctions. Il feint d’ignorer les dispositions de l’article 25 (4) de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance et « le paragraphe 6 (i) de la décision Assembly/AU/Dec.269(XIV) Rev.1 adoptée par la 14ème session ordinaire de la Conférence de l’Union tenue à Addis Abéba, du 31 janvier au 2 février 2010, qui stipulent que les auteurs d’un changement anticonstitutionnel de Gouvernement ne peuvent pas participer aux élections organisées pour la restauration de l’ordre constitutionnel. Ils ne doivent pas, non plus occuper des postes de responsabilité dans les institutions politiques de leur État.

La Cour électorale spéciale (CES) qui a validé la candidature d’Andry Rajoelina et des deux autres personnalités – en l’occurrence Lalao Ravalomanana et Didier Ratsiraka – est elle aussi pointée du doigt, pour ne pas dire condamnée par le CPS de l’UA. Le Conseil est persuadé que la CES a pris une mauvaise décision en validant des candidatures illégitimes. Pire, il estime que « cette décision viole le droit interne de Madagascar applicable en l’espèce ». Dans un communiqué en date du 20 mai dernier, le porte-parole du SG de l’ONU condamne la candidature de ces trois personnalités.

Le Secrétaire Général  de l’ONU Ban ki moon estime que la validation de ces candidatures par la Cour électorale spéciale est une violation de l’esprit de la feuille de route. Le porte-parole du Secrétariat des Nations unies précise que l’appui des Nations Unies au processus électoral est conditionné par la totale adhésion de toutes les parties à la feuille de route qui est l’unique cadre pour la restauration de l’entière légitimité du gouvernement de Madagascar. En d’autres termes, l’ONU met en jeu également la reconnaissance du gouvernement de transition issu de la feuille de route en plus du fait qu’il peut suspendre lui aussi son financement du processus.

 Le Secrétaire général de la Francophonie appelle tous les acteurs de la crise malgache à revenir sur l’application de la Feuille de route. Il leur demande de respecter la lettre et l’esprit de leurs engagements. Il appuie la demande de la troïka de l’Organe de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) exprimée le 10 mai dernier pour un retrait des candidatures de Andry Rajoelina, de l’ancien Président Didier Ratsiraka, et de Mme Lalao Ravalomanana. Il partage également l’appel lancé par le Conseil de Paix et Sécurité de l’Union Africaine lors de sa réunion du 16 mai 2013 pour trouver une solution à la crise.

En tout cas, le CPS de l’UA réitère ses multiples appels aux parties malgaches à faire preuve d’esprit de responsabilité et à prendre des mesures contre tous ceux qui tenteraient de saper la feuille de route et d’entraver les efforts en cours pour des élections crédibles, justes, transparentes et acceptées par tous.

Au vu de toutes ces condamnations les malgaches peuvent-il organiser des élections présidentielles au risque de voir tous les efforts consentis pour sortir d’une crise politique qui ronge le pays depuis plusieurs années en une nouvelle crise devant plonger le pays dans le K.O. ? Andry Rajoelina, le président de la transition, semble ne pas y croire comme beaucoup que le scrutin ne pourra pas avoir lieu le 24 juillet.

Affaire à suivre …

Mbouss Ali ISMAÏL
Saïd Hamidou ALLAOUI

10 janvier 2009

Small states dans les relations internationales : le cas de Mayotte

Saïd Hamidou ALLAOUI
Objet : Lettre ouverte au président Sarkozy
Lyon, le 10 janvier 2009
Monsieur le Président,
A votre élection en mai 2007, vous êtes apparu aux yeux de nombreux africains comme étant l’homme qui allait rompre définitivement avec la politique de la Françafrique.
Le discours de Dakar du 26 juillet 2007 devenu célèbre depuis (pour d'autres raisons), et celui du Cap en Afrique du Sud du 28 février 2008 étaient à chaque occasion cités en exemple dans nos milieux. Ces deux discours devraient marquer la fin d’une époque, l’époque de la colonisation, l’époque de la Françafrique pour entrer dans une nouvelle ère, l’Eurafrique.
Cependant, Monsieur le Président, les comoriens ne sont plus convaincus que l’ère de la Françafrique est terminée, et que la néocolonisation est révolue.
En effet, vous organisez le 29 mars prochain un référendum à Mayotte en vue de départementaliser cette île et la rendre française définitivement. La France d’aujourd’hui aurait-elle besoin de cela ?
Vous savez, Monsieur le Président que ce référendum aura plusieurs conséquences que vous ne pourrez ignorer. Le remettre à plus tard aurait été la solution la plus sage. Elle aurait permis d’apaiser les tensions politiques qui existent entre la France et les Comores, ainsi que les tensions sociales qui surgissent à l’intérieur de l’archipel, au point que des grands comoriens exigent de leurs frères anjouanais résidants à Moroni, une carte de séjour. C’est comme si on demande à un bourguignon de posséder une carte de séjour en Bretagne. Concevez Monsieur le Président que la situation est dramatique.
De tels dérapages commencent à se normaliser et à prendre forme. La raison n’est nullement pas loin. Les comoriens, natifs de (ou résidants à) la grande Comore, Anjouan et Mohéli sont considérés comme étant des clandestins chez eux, à Mayotte.
Je ne pense pas, Monsieur le Président, que vous voulez marquer l’histoire du XXI ème siècle comme étant un colonisateur qui transforme un désaccord historique en la départementalisation de l’île comorienne de Mayotte (une recolonisation).
Père fondateur de l’Eurafrique, à la tête de laquelle vous construisez l’Union Méditerranéenne, je vous cite, « pivot de l’Eurafrique, la première étape du plus grand rêve de paix et de prospérité qu’Européens et Africains sont capables de concevoir ensemble ».
Vos intentions de faire de la France un hégémon régional à défaut de détenir l’hégémonie globale « virtuellement impossible pour quelque Etat que ce soit » selon Mearsheimer, sont louables. Mearsheimer est persuadé que « la situation idéale pour toute grande puissance est d’être le seul hégémon régional dans le monde. » La France a la capacité de détenir une hégémonie régionale dans l’Océan Indien voire de l’Afrique de l’Est, sans une présence à Mayotte.
La France n’a pas besoin d’être un colon pour dominer le monde au XXIème siècle encore moins à Mayotte, cette minuscule île perdue dans l’océan indien.

Ce serait entaché sa politique extérieur déjà grisée par le nombre de morts tués par le visa Balladur (C’est comme cela qu’on les appelle).
Ce serait couvrir en son sein un centre de rétention dénoncé par les médias ce mois de décembre 2008 comme inhumain et condamné par Amnesty International, un centre de rétention aux conditions de vie déplorables indignes à la France, pays de droits de l’homme.
Monsieur le Président,
Je ne vais pas citer les nombreuses résolutions de l’Organisation des Nations Unies comme toutes les autres autorités comoriennes qui les évoquent continuellement sur toutes les tribunes, y compris celle des Nations unies, condamnant la présence de la France à Mayotte. La France restera insensible à ces condamnations, car en matière de relations internationales, la France n’est surplombée par aucune autorité supérieure. Je reconnais qu’il n’existe aucun gouvernement mondial capable d’imposer des règles que les grandes puissances comme la France ne puissent transgresser.
Mais permettez moi Monsieur le Président de jeter un regard sur les actions menées par la présidence française à l’Union Européenne, durant sa mandature. N’a-t-elle pas œuvré pour la paix en Géorgie poussant la Russie hors des frontières évitant ainsi une guerre sanglante de plusieurs mois ? N’est–ce pas la même France sous votre présidence qui a poussé la Russie à reconnaître l’indépendance de l’Ossétie le 26 août 2008 ?
Y a-t-il dans la politique étrangère de la France deux poids deux mesures ? La politique de la France face à l’Europe, et la Politique de la France face à l’Afrique ?
Monsieur le Président,
J’ai cru comprendre à travers le discours que vous avez prononcé à Dakar le 26 juillet 2007 que : « ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est le co-développement, c’est-à-dire le développement partagé. » et non la colonisation de l’Afrique. « La France veut avec l’Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité communs, des universités communes, des laboratoires communs. Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation ». Mais la départementalisation de Mayotte, n’est-elle pas une colonisation d’une partie de la terre comorienne ?
Monsieur le Président,
Dans votre Discours au CAP en Afrique du SUD le 28 février 2008 vous affirmiez que la France se trouve dans « une situation où notre engagement politique, militaire ou économique aux côtés de l’Afrique est perçu par beaucoup non comme une aide sincère, mais comme une ingérence coloniale ; mais où dans le même temps, une indifférence, un retrait ou une absence d’engagement nous sont reprochés comme un abandon ou une ingratitude ». Si les africains ressentent en général, une telle ingratitude, la raison vient certainement de la politique extérieur de la France.
Monsieur le Président
Examinons la question de Mayotte sur un aspect théorique en matière de relations internationales, (choc des civilisations) le professeur Samuel HUNTIGTON écrivit : « les grandes causes de division de l’humanité et les principales sources de conflits seront culturelles (…), les principaux conflits politiques mondiaux mettront aux prises des nations et des groupes appartenant à des civilisations différentes ». N’instaurez pas, Monsieur le Président, une civilisation à Mayotte différente de celle des îles sœurs. Ne soyez pas celui qui serait à l’origine des conflits politiques futurs entre les mahorais et les habitants des autres îles comoriennes de l’archipel ou même des comoriens entre eux.
Rappelez-vous que la population est une donnée géographique et démographique, dans le sens où elle constitue l’ensemble des habitants qui vivent et travaillent sur le territoire d’un Etat. C’est aussi une notion juridique en tant qu’élément constitutif de l’Etat. En dernier lieu, la notion de population revêt un aspect identitaire et historique, facteur de stabilité ou d’instabilité pour les Etats.
Monsieur le Président,
Permettez-moi de vous citer dans votre discours, lors de la 62ème Assemblée Générale des Nations Unies à New York, le 25 Septembre 2007 : "Il n’y aura pas de paix dans le monde si la communauté internationale transige avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et avec les droits de l’homme. Il n’y aura pas de paix dans le monde sans le respect de la diversité, sans le respect des identités nationales, sans le respect des religions et des croyances, sans le respect des cultures". Balayons devant notre porte, Monsieur le Président.
Il n’y aura pas de stabilité aux Comores, il n'y aura pas de développement aux Comores, ni de codéveloppement entre Mayotte et les Comores, tant que Mayotte restera française car le niveau de vie des mahorais sera toujours élevé et Mayotte restera aux yeux des comoriens l’Eldorado. Les comoriens, à la recherche d'une vie meilleures, iront par conséquent toujours périr en mer. Et la France va devoir multiplier autant des centres de rétention comme celles que Yves Jégo promet aux autorités mahoraises ; la France va devoir multiplier les espaces pour en faire des fosses communes ; le visa Balladur et la départementalisation de Sarkozy continueront de tuer.
Parce que l’histoire des relations internationales a très souvent été liée aux revendications identitaires de nations, des peuples, de groupes ethniques religieux. La notion de population ne peut pas se définir uniquement par rapport à des critères juridiques, la nationalité
Parce que « les frontières reconnues aujourd’hui par le droit international ne sont pas naturelles, mais résultent de la conjonction de la géographie et de l’histoire »
"Parce que la France souhaite l’unité de l’Afrique, car l’unité de l’Afrique rendra l’Afrique aux Africains". Nicolas Sarkozy, le 26 juillet 2007 à Dakar
Parce ce que "Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une politique d’immigration négociée ensemble, décidée ensemble pour que la jeunesse africaine puisse être accueillie en France et dans toute l’Europe avec dignité et avec respect" Nicolas Sarkozy, le 26 juillet 2007 à Dakar
Parce que "Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un monde meilleur". Nicolas Sarkozy, le 26 juillet 2007 à Dakar
Je vous suggère, Monsieur le Président de sortir de cette impasse politique
  • en adoptant une politique courageuse face aux élus mahorais ;
  • en mettant en place une commission franco-comorienne devant adopter une résolution appelant la France et les Comores à observer un moratoire d’une vingtaine d’année. Il reviendra aux comoriens pendant ce temps de relever les trois îles sœurs à un niveau de développement acceptable par les mahorais, rattraper les huit ans de retard qu’ils ont accusés ;
  • en exigeant des autorités comoriennes le renforcement de leurs frontières autour des quatre îles ;
  • en supprimant le visa Balladur cause de plusieurs décès en mer
Monsieur le Président,
Vous l’avez dit à Dakar, en juillet 2007 "Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est le co-développement, c’est-à-dire le développement partagé. (…) Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation"
Mais en ce qui concerne les Comores, il n’y aura pas de co-développement tant que de l’autre côté de la mer, à Mayotte, à 70 kilomètres de là, il y a l’espoir.
La force vive de la nation comorienne cherche par tous les moyens à s’échapper. Elle ira mourir en mer.
Les jeunes comoriens ne cherchent pas à construire une vie dans leur pays. On les entend jurer qu’un jour où l’autre ils rentreront à Mayotte. Ils iront mourir en mer.
Les autres qu’on a reconduits aux frontières sont persuadés que la prochaine fois sera la bonne. Ils iront mourir en mer
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République française, l’expression de mon plus profond respect.
Saïd Hamidou ALLAOUI
Président du Club ULEZI

17 décembre 2008

La troisième Francophonie, mythe ou réalité

Introduction

Au sens premier, le mot « francophonie » désigne l’ensemble des populations qui parlent le français à des degrés divers. Cependant la « Francophonie » est aussi une structure politique qui s’incarne dans un certain nombre d’institutions auxquelles participent des Etats et des gouvernements.

La Francophonie s’agrandit, elle s’élargit de Sommet en Sommet. Une soixantaine de pays y adhère aujourd’hui et partage certaines valeurs, certains idéaux ; idéaux de diversité de solidarité etc.… à l’heure où l’on parle d’universalisme américain – un universalisme qui impose le libéralisme économique.

« Y a-t-il un avenir, pour une Francophonie qui se cherche ? » Telle est la question que s’est posé Abdou Diouf, actuel Secrétaire Général de la Francophonie lors de la prise de ses fonctions. Telle est la question que nous tenterons d’y répondre au seuil de ce 21ème siècle ?

A nos jours, la rencontre entre Francophonie et mondialisation s’avère indiscutable.

Il est toutefois utile de préciser que cette Francophonie ne peut être un « réseau mondial de parlants français mais la première union géoculturelle organisée, pôle de solidarité, de diversité et de dialogue dans la mondialisation ». « La Francophonie est globale en ce sens qu’elle englobe tous les domaines d’activité humaine : francophonie d’entreprise, au quotidien, médiatique… ».

Dans le cadre de cet article, je souhaite m’interroger sur quelle Francophonie allait-on assister au XXI° siècle. J'évoquerai en premier lieu la Francophonie de ses origines à nos jours, liée à l’expansion coloniale, celle qu’on a baptisée la première Francophonie. Ensuite j'évoquerai la Francophonie néocoloniale, proposée dans les années 60 « par le Sud pour fonder un Commonwealth à la française », disait Michel Guillou, celle prônée par le Président Senghor. Et enfin je m'interrogerai sur la nouvelle Francophonie, « celle du dialogue et des échanges mondialisés au sein de l’union géoculturelle de langue française ». C’est la Francophonie mondialisée, tournée vers l’avenir, une Francophonie « humanitaire » et globalisée : la troisième Francophonie.


I) Histoire et faits (La Francophonie coloniale ou 1ère Francophonie)


C’est vers 1880 à l’issue du traité de Berlin dans un monde implacablement divisé entre Etats souverains et territoires dépendants que le géographe Onésime Reclus utilisait le mot « francophonie » pour désigner « l’ensemble des populations parlant français ». Pour lui, il s’agit alors d’un acte éminemment politique. « C’est faire admettre une autre manière de concevoir le monde, une autre façon d’envisager les espaces et les peuples, en fonction de la langue qu’ils partagent. Pour Dominique GALLET, la Francophonie « se veut, dès la fin du XIX° siècle, une réponse libertaire face aux idéologistes impérialistes un témoignage de solidarité face à la logique coloniale. » « La modernité d’O. Reclus ne se borne pas à ces considérations linguistiques et géographiques. Ses idéaux politiques lui permirent de conférer une autre dimension au nouveau concept », précise Xavier DENIAU. Républicain et nationaliste convaincu, Onésime Reclus trouvait dans la République française le véhicule des idéaux de liberté.

Le mot Francophonie réapparaitra en novembre 1962 dans un numéro spécial de la revue Esprit intitulé « le français dans le monde ». Ce numéro rassemblait des éminents écrivains dont un certain Léopold Sédar Senghor, agrégé de grammaire et poète de langue française qui de sa présence offrait au mot et à la notion une audience internationale. On peut noter aussi la présence de Norodom Sihanouk ou Pierre-Henri Simon, Jean Marc Léger. Et pourtant, ce n’est qu’en 1968 que le mot Francophonie réapparaitra dans le Quid, pour donner au sens le plus courant, un long commentaire jusqu’à évoquer les principaux fondateurs (notamment les présidents Senghor et Bourguiba) ainsi que les divers organismes intéressés à la défense et à la promotion de la langue française. Le mot Francophonie reste longtemps l’usage exclusif des hommes politiques, des intellectuels et des journalistes avant d’être officialisé par les dictionnaires et encyclopédies. En tout cas, l’idée selon laquelle il devrait exister une relation privilégiée entre les personnes parlant le français faisait son chemin. La Francophonie assure, en effet, une fonction de relations, de communication, et donc d’enrichissement mutuel.


II) La Francophonie néocoloniale ou 2ème Francophonie


Dans les années 1960, la Francophonie institutionnelle était fondée sur le partage d’expériences éducatives et culturelles. Elle s’est élargie de jour en jour pour intégrer d’autres formes d’échanges, et de ce fait, le concept évolue.

Depuis les « années 60, les pères fondateurs de la Francophonie comme Diori Hamari, Habib Bourguiba, Léopold Sédar Senghor souhaitaient fonder une francophonie politique qui rassemble les pays anciennement colonisés par la France ». Il ne s’agit pas d’une francophonie politique au sens galvaudé du terme, mais dans les sens où elle se préoccuperait des intérêts de la « cité francophone ». La naissance effective de la Francophonie en tant qu’entité géopolitique date de 1986. Elle a donc pris forme au premier sommet des chefs d’États et de gouvernements des pays ayant en commun l’usage du Français à Versailles.

Mais, dans les premiers temps, la Francophonie est associative. C’est un foisonnement d’associations et organisations internationales de langue française, avec une diversité de situations plus larges pour les pays intéressés ; une diversité qui concerne la langue, la situation géopolitique ou culturelle. Contrairement au Commonwealth, une institution issue directement de la transformation formelle de liens coloniaux et dont le chef est le monarque britannique, la Francophonie se veut une institution fondée sur l’égalité de droit des États membres. La France y joue un rôle prépondérant au sein du régime, mais son chef d’États ne bénéficie pas officiellement d’un statut particulier. « La France de Général De Gaulle voulait laisser d’autres acteurs le soin de construire la Francophonie sans qu’elle en prît ni l’initiative, ni la tête, de peur d’être taxée de néocolonialisme et de néo-impérialisme ». Ainsi, vu la diversité des situations des pays intéressés, la Francophonie ne pouvait prendre forme que sous forme associative. La situation du Québec, province Canada en est le parfait exemple. C’est donc une Francophonie d’associations.

Ensuite, des progrès ont été réalisés. Il s’agit de la création des institutions plus politiques : création de conférences ministérielles à caractères techniques, d’abord uniquement franco-africaines. En 1970 : avec la signature du Traité de l’ACCT : la Francophonie intergouvernementale a acquis ainsi, pour la première fois, une existence et disposait d’un instrument d’action. « Il fallut attendre 16 ans pour que le premier Sommet pût se réunir en 1986 à Versailles à l’invitation du Président français François Mitterrand ». Et depuis, la Francophonie a pu à la fois progresser fonctionnellement et s’étendre géographiquement de Sommet en Sommet. Des opérateurs de la Francophonie ont vu le jour : ce sont les opérateurs directs et reconnus du Sommet, selon la charte de la Francophonie du 22 novembre 2005 à Antananarivo qui concourent dans les domaines de leurs compétences, aux objectifs de la Francophonie tels que définis dans ledit charte. Il s’agit de

  • l’Agence Universitaire de la Francophonie ;
  • TV5 créée en 1988 est devenue la télévision internationale francophone ;
  • L’association internationale des maires et responsables des capitales et des métropoles partiellement ou entièrement francophone (AIMF créée en 1979) ;
  • Création de l’Université Senghor à Alexandrie au Sommet de Dakar (1989) ;


La Francophonie a ainsi évolué vers la solution de son principal problème institutionnel né de la contradiction entre l’existence d’une Agence à large vocation de coopération culturelle et technique fondée sur un traité international, et le développement, sans bases juridiques comparables, de structures dominantes .par la naissance d’un Secrétariat général et d’opérateurs directs constitués à partir d’associations.


III) La 3ème Francophonie, une Francophonie, tournée vers l’avenir

a) Une Francophonie qui résiste.

L’idée selon laquelle la Francophonie considérée comme l’usage de la langue française serait en recul est fausse. Être convaincu que cette régression quoi qu’on fasse est inéluctable parce que la modernité, sous tous ses aspects – les nouvelles technologies, les sciences, l’activité et les échanges économiques notamment a fait de l’anglais la langue de communication mondiale est beaucoup plus grave. Cela laisse supposer qu’on a vite baissé les bras et ignoré les efforts consentis d’année en année par l’Organisation Internationale de la Francophonie. La Francophonie a été contrainte ces dernières années, grâce au phénomène de la mondialisation à se redéfinir et à s’affirmer. Ce qui caractérise le citoyen du monde au XXI° siècle, c’est la multiplicité de ses appartenances. Ce qui constitue la valeur montante, moderne, c’est la diversité. N’est pas cela le but premier de la Francophonie. La Francophonie, comme organisation des pays ayant le français en partage, a été la première à identifier ce besoin et à faire de la diversité culturelle sa cause prioritaire. Elle est passée au fil des années d’une politique essentiellement axée sur le soutien à la langue française à une politique beaucoup plus ouverte à laquelle adhèrent plusieurs pays du monde entier.

Aussi l’O.I.F. rassemble aujourd’hui 70 États et gouvernements, dont 14 observateurs, c’est plus du double du nombre de pays qui avait adhéré à l’agence de coopération culturelle et technique créée en 1970, un tel élargissement témoigne, à lui seul, d’une politique attractive et dément l’idée d’un déclin.

b) Une Francophonie qui se reconstruit

Construire la Francophonie c’est doté à l’institution d’une personnalité juridique internationale pleine et entière. La Francophonie en tant qu’entité géopolitique a vu le jour au 1er sommet des chefs d’Etats et de gouvernement convoqué par le Président Mitterrand à Versailles en 1986. Le président Senghor disait : « Tout en nous inspirant parmi d’autres communautés, de structures et du fonctionnement du Commonwealth, nous entendions faire œuvre neuve, à la française. Il s’agissait, il s’agit toujours en ce dernier quart du XX° siècle, de préparer, pour notre ensemble francophone, voire latinophone, nous allons le voir, une communauté solide pour la réalisation de la civilisation de l’Universel, qui sera celle du troisième millénaire ».

Et pour se faire, les autorités de la Francophonie ont engagé une mutation profonde, en se donnant une dimension politique pleine :

  • la création du poste de Secrétaire Général, clé de voûte du système institutionnel francophone,
  • l’adoption des nouvelles missions stratégiques de la Francophonie, permettant de parachever la réforme institutionnelle : celle de donner une personnalité juridique à l’organisation, précisant le cadre d’exercice des attributions du Secrétaire Général.
  • l’adoption d’une nouvelle « charte de la Francophonie » qui donne à l’agence de la Francophonie l’appellation d’Organisation Internationale de la Francophonie.


Actuellement, on peut dire que la forme est constituée, il faut construire le fond. « Il faut un traité juridique fondateur de la Francophonie » propose Michel Guillou.

c) Une Francophonie qui s'ouvre à la mondialisation

La mondialisation est une réalité incontestable, fruit des progrès technologiques qui grâce au développement des transports et des communications, a fait de la mobilité et de l’échange des moteurs de l’évolution du monde dans toutes ses composantes : économique, culturelle, sociale,…

« L’émergence de réseau télématiques de type Internet pose la question d’un nouvel espace public offert aux citoyens du monde ». Cette mondialisation touche les hommes et les capitaux les marchandises ainsi que les services. Elle est irréversible et s’accélère sans cesse. Elle doit être maîtrisée. Elle transforme la planète en un « village global ». C’est la globalisation ou « globalization » La « globalization » est fondée uniquement sur la loi du marché et le libéralisme. Portée à la fois par les valeurs de l’universalisme américain et sur la puissance des Etats-Unis, elle permet en particulier à ce pays de rayonner sur l’ensemble de la planète et par conséquent, à la langue anglaise, de s’imposer comme première langue de travail diplomatique, économique et politique. La « globalization » tend à imposer un seul modèle. Elle est unipolaire.

Contrairement à l’universalisme américain, la Francophonie tend à défendre d’autres valeurs. « La Francophonie défend certains des principes des alter mondialistes et prend des dispositions de non alignement » précise Monsieur Guillou. Laboratoire de mondialisation humaniste, sa chance, c’est le dialogue des cultures. La Francophonie « prône la diversité culturelle et linguistique, la solidarité comme compagnon de la liberté et le dialogue comme outil de la paix, précise Michel GUILLOU ».


« Quel rôle peut jouer aujourd’hui la Francophonie dans la mondialisation », s’interroge Michel Guillou ? Le Sommet de Beyrouth a donné son nouveau visage à la Francophonie en prenant conscience des valeurs que portent la Francophonie et son universalisme et en mettant en relief ses différences par rapport à l’universalisme américain. La Francophonie assure une fonction de relations, de communication, et donc d’enrichissement mutuel. Elle ne peut que favoriser ce que Léopold Sédar Senghor appelle le « dialogue des cultures ». Elle est un moyen de compréhension réciproque et de solidarité entre les peuples. La Francophonie n’est pas politique, elle se préoccupe des intérêts de la « cité francophone ». La Francophonie ne saurait se confondre avec une idéologie ; elle refuse toute assimilation de près ou de loin, avec des notions en « isme », impérialisme, racisme, colonialisme, qui se définissent par la négation d’autrui et l’orgueilleuse affirmation d’une suprématie quelconque. La Francophonie n’est pas un réseau mondial de parlants français mais la première union géoculturelle organisée, pôle de solidarité, de diversité et de dialogue dans la mondialisation. L’idée d’une communauté francophone n’apparaît plus de nos jours, comme il y a trente ans, faite de nostalgie des liens anciens mais perdus, espérance activée par le désir de renouer des liens privilégiés avec les peuples d’une même communauté culturelle. La Francophonie, aujourd’hui est une idée qui a fait son chemin qui a dépassé le stade de projet : c’est une réalité. C’est une « idée neuve, un imaginaire qu’il faut concrétiser, une communauté qu’il faut inventer dans une mondialisation hostile aux valeurs humanistes » explique Michel GUILLOU.

d)... mais une mondialisation multipolaire et humaniste

La mondialisation, disait-on, transforme la planète en un village global. Un citoyen mondial est donc né. La Francophonie ne doit pas rester en marge. Dès le début de son mandat, le Secrétaire Général de la Francophonie Abdou Diouf, a posé la question lancinante du devenir de la Francophonie. Est-elle utile, répond-elle à un besoin ? En un mot, la communauté francophone a-t-elle un futur ? Non, si notre regard continue à se porter sur le rétroviseur et nous ramène à un passé non seulement révolu mais décrié, jugé sévèrement : le colonialisme. Les pays membres de l’OIF doivent se débarrasser de cette idée selon laquelle la Francophonie est une nouvelle forme de colonisation pour pouvoir aller de l’avant. Cette idée est beaucoup plus répandue chez les africains anciennement colonisés par la France. Michel GUILLOU dans son ouvrage, la mondialisation a besoin de la Francophonie insistait sur ces termes : « On cesse de regarder dans le rétroviseur. L’histoire est faite, il ne s’agit ni de néocolonisation, ni de défense, ni de nostalgie, mais d’avenir. On ne cherche pas à garder une trace, une mémoire du passé mais à œuvrer pour construire une mondialisation multipolaire et humaniste. La Francophonie est donc un concept offensif. On ne peut plus la négliger. Si ces dernières années, elle était hésitante, il faut maintenant tourner la page et la construire ». Les nations vont déjà à la mondialisation à travers le dialogue international avec les organismes internationaux et le dialogue régional avec les organisations à vocation régionale. La Francophonie met en avant les valeurs de l’universalisme francophone : liberté, solidarité, dialogue. Elle privilégie l’approche multilatérale et prime l’unité dans la diversité. Contrairement à l’universalisme américain fondé sur le libéralisme, l’universalisme francophone est un universalisme de synthèse et de dialogue. Il associe la solidarité à la liberté. La Francophonie incarne donc le rêve d’une communauté internationale fraternelle et solidaire avec pour socle la langue française. A cela s’ajoute depuis peu un autre rêve : celui d’une autre mondialisation issue des mouvements antimondialistes.


Conclusion

Depuis le Sommet de Beyrouth, l’action de la Francophonie s’inscrit dans une vision stratégique d’une mondialisation multipolaire dont elle est un pôle. Elle adopte donc le concept d’union géoculturelle et inscrit son action dans celui du 3ème dialogue, le dialogue interculturel. Elle redonne espoir et force à tous ceux partageant l’idéal francophone et prône pour une mondialisation humaniste et un monde multipolaire, en opposition de l’impérialisme américain. A l’issue du X° sommet de Ouagadougou une Francophonie nouvelle a vu le jour en confiant d’une part au Secrétaire Général de mieux doter l’institution d’une personnalité juridique internationale, et forte. Il ne s’agit pas bien entendu d’une ONU bis, et d’autre part en adoptant un plan décennal axé sur 4 grandes orientations :

  1. la promotion de la langue française et la diversité culturelle et linguistique ;
  2. la promotion de la paix, la démocratie et le droit de l’Homme ;
  3. la promotion de l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche ;
  4. le développement de la coopération au service du développement durable et de la solidarité.

Ces 4 points fixent les grands objectifs de la Francophonie du 21ème siècle. Mais encore, il faut aller plus loin, un certain nombre de mesures est nécessaire. Il faut s’attacher à réussir le développement humain en répondant aux besoins de santé, modifier en faveur du projet francophone les peuples, leurs élites et leur jeunesse, favoriser la circulation des biens, des services culturels, et des personnes dans la cité francophone. Il faut en outre donner à la Francophonie sa dimension économique, accroître les moyens financiers sur la base d’un financement partagé par chacun des pays membres en fonction de sa richesse, ouvrir les chantiers prioritaires avec des outils de coopération appropriés. Il faut enfin modifier les institutions et l’organisation fonctionnelle de la Francophonie, consolider la démocratie et l’Etat de droit dans les pays membres.



Bibliographie

- La Francophonie, Xavier Deniau, Editions : PUF collection « Que sais-je ?».

- Francophonie – Puissance. L’équilibre multipolaire, Michel Guillou, Edition Ellipse, 2005

- La Francophonie : idées reçues, Claire Tréan, Edition : le cavalier bleu

- La Francophonie, François- Pierre LE SCOUARNEC - Collection Boréal Express

- Pour une ambition francophone – Le désir et l’indifférence, Dominique GALLET, L’harmattan

- L’année francophone internationale (2007), Revue annuelle CIDEF- AFI - Bibliothèque nationale du Québec

- Construire la Troisième Francophonie pour pérénniser les identités du Québec et de la France, Discours prononcé lors de la conférence au CERIUM (Centre d’Etudes et de Recherches Internationales de l’Université de Montréal) par Mr Michel GUILLOU le 30 Janvier 2008

- Site Web http://www. Francophonie.org

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